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  • L’antifascisme, l’autre nom de la collaboration de classes...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à l'antifascisme, désormais brandi comme un étendard par LFI...

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020).

     

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    L’antifascisme, l’autre nom de la collaboration de classes

    Quentin, l’antifascisme et les fantasmes

    Le lynchage à mort du jeune Quentin Deranque, le 12 février à Lyon, par des nervis antifascistes, apparemment issus de l’organisation légalement dissoute La Jeune Garde, a été l’occasion d’une efflorescence de sottises convenues. Ainsi, Le Figaro, dans sa livraison du lundi 16 février, a prêté ses colonnes à l’expert en sécurité intérieure Éric Delbecque qui a écrit : « L’antifascisme, vidé de son ancrage démocratique, devient une posture identitaire qui reproduit très exactement et hypocritement ce qu’elle prétend conjurer. »

    Éric Delbecque, comme quasi tout le monde, et d’abord les incorrigibles intellectuels du pays de Sartre, voit dans un fascisme fantasmé non ce qu’il fut mais l’hypostase du mal en soi, du mal ontologique. Michel Foucault dénonçait le « fascisme incrusté dans notre comportement », la nature elle-même étant pour lui fasciste. Mais on aurait pu espérer qu’un expert tel cet Éric Delbecque veille à penser ses textes pour ne pas faire fi de l’histoire la plus élémentaire, il est vrai contingentée dans le périmètre de la bienséance…

    Eh bien non, l’antifascisme formel n’a jamais eu d’« ancrage démocratique », s’agissant d’une initiative de Staline, entérinée par le VIIe congrès du Komintern à l’été 1935. Il ne s’agissait pas d’être simplement contre le fascisme et de s’opposer à Mussolini, mais d’opérer un renversement stratégique essentiel, suspendant hors d’URSS la doctrine des fronts classe contre classe, au profit de celle des fronts populaires. Doctrine innovante visant à nouer des alliances avec les partis bourgeois, car les communistes étaient combattus avec succès par des mouvements nationalistes, violences contre violences, y compris par la guerre (Espagne). Ainsi les communistes eurent-ils en Europe ce qu’ils voyaient comme une collaboration de classes avec ceux que le maître de la propagande soviétique d’alors, Willi Münzenberg (1889-1940), appelait « les idiots utiles ».

    Vous me direz que le mot fascisme a changé de perception au fil du temps et qu’effectivement il désigne le Mal et que plus rien ne le rapproche de la collaboration de classes qui a prévalu dans les démocraties occidentales jusqu’en 1945. Certes, les antifas de la gauche radicale prétendent être les ennemis du capitalisme, mais nonobstant l’antifascisme demeure une mouvance de collaboration de classes. D’ailleurs, ils s’attaquent systématiquement aux mouvements nationalistes, même groupusculaires et les plus éloignés du pouvoir, jamais aux capitalistes ni aux partis bourgeois de gouvernement.

    Collaboration de classes après la chute de l’URSS

    Pour le communiste dissident italien Amadeo Bordiga (1889-1970), l’antifascisme était une création bourgeoise ; aussi est-ce dans son entourage que sera publié Auschwitz ou le grand alibi (1960), ouvrage qui n’était pas révisionniste mais visait à maintenir le matérialisme historique de Marx contre les interprétations idéalistes et moralisatrices de l’histoire. Toutefois, cette manière de voir les choses ouvrira la voie au révisionnisme historique au sein de l’ultragauche, en France, au soutien de Robert Faurisson, avec notamment Pierre Guillaume.

    Mais les prétendus héritiers du marxisme, non rattachables à la pensée de Bordiga, sans renoncer au langage anticapitaliste qui demeure mais à l’état de mantra, se sont maintenus dans l’orthodoxie antifasciste. Avec le temps, ils ont même abandonné la cause du prolétariat définie par le matérialisme dialectique, s’abandonnant effectivement à l’idéalisme moralisateur du soutien aux causes victimaires de la convergence des luttes (« intersectionnalités »).

    Le prolétaire, caricaturé comme le Beauf franchouillard selon Cabu, est rejeté dans la France périphérique, remplacé par les minorités, à savoir les immigrés, les racisés, les homosexuels, les transsexuels et autres LGBTQ+. Tout ceci justifie les réformes sociétales, la gauche radicale s’imaginant s’opposer là-dessus au capitalisme, alors que celui-ci ne voit que des avantages à l’anomie qui permet de transformer l’individu narcissique en consommateur captif, libéré des « aliénations » sociales non quantifiables et comptabilisables. Aujourd’hui, les idiots utiles, ce sont les antifas, utiles au capitalisme et à fronts renversés !

    Et cela aboutit à des situations, bien paradoxales pour qui ne parle pas le langage approprié pour se croire héritier légitime du marxisme. Jean-Claude Michéa observe que, en somme et tout naturellement, on voit sans étonnement le milliardaire cosmopolite George Soros et le militant passeur d’immigrants français Cédric Hérou communier dans la même cause, contre les frontières nationales : « No Border ! ». Et Michéa d’écrire :

    Comme je l’écrivais dans Impasse Adam Smith, une vie moderne accomplie (c’est-à-dire du capitalisme développé) doit, en toute logique, se réduire à une série de ruptures et de déménagements (…) C’est ce qui explique que le « migrant » soit devenu la figure rédemptrice centrale de toutes les constructions idéologiques de la gauche libérale. Et ce, au lieu et place de l’archaïque prolétaire, toujours suspect de ne pas être indifférent à sa communauté d’origine…

    Et de citer Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, qui disait : « Le Capital ne connaît ni patrie, ni frontières, ni couleur, ni races, ni âges, ni sexes. »

    On notera en aparté que c’est là l’expression de ce qui fonde chez nous la loi Pleven dite antiraciste de 1972, première expression française du nouvel ordre moral antidiscriminatoire mondialiste fondé sur la convention de New York de 1965.

    Les antifascistes, soi-disant héritiers du marxisme, sont les partisans, avec les capitalistes, de cet ordre moral, fondé sur les impératifs libéraux formulés par l’économiste américain Gary Becker en 1957. Une forte base pour l’antiracisme capitaliste qui lui a donné des instruments juridiques contraignants, comme précisément les lois dites antiracistes. Ces lois ne donnent guère de licence au sujet de droit quant aux discriminations naturelles et ne lui autorisent guère que celles liées à la chance et à l’argent. Mais ces lois ne répriment pas la provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence de classe. Et Michéa s’en amuse :

    Et de fait, pourrait-on sérieusement imaginer la Ligue des droits de l’homme… exiger subitement l’abolition immédiate des privilèges économiques de la grande bourgeoisie ou porter plainte contre l’exploitation capitaliste de l’homme par l’homme ?

    Il a bien compris que sociologues de gauche et économistes de droite ne représentent que les deux faces académiquement « opposées » du ruban de Möbius libéral.

    De fait, Marx a marqué et marque encore les esprits, mais son égalitarisme n’aura pas su détruire la Bourse et c’est ce dont on peut prendre acte.

    L’avenir de la collaboration de classes

    Mai 68 fut un phénomène extraordinaire, en ce qu’il a été, par ses suites et sa postérité, une mutation permissive ; j’entends là non pas simplement quant à la révolution sexuelle, mais quant aux noces progressistes du socialisme post-marxiste et du capitalisme ploutocratique, c’est-à-dire anglo-saxon. Les révolutionnaires gauchistes soixante-huitards, fils spirituels des sociologues de gauche, se sont parfaitement intégrés à la société capitaliste, verbalement honnie, et dans laquelle nombre d’entre eux ont fait des carrières flatteuses. Tel le ruban de Möbius, la surface est réversible…

    Les militants de LFI partagent le même antifascisme d’alibi que les capitalistes auxquels ils prétendent s’opposer. Raphaël Arnault, bobo lyonnais et chef fondateur de la Jeune Garde, peuplée de Français de souche préférant passionnément la précarité des idées à leur essence, est évidemment dans la même logique antifasciste qu’il proclame bien haut.

    Le 16 février au soir, sur un plateau de télévision, Michel-Édouard Leclerc, emblème de la société de consommation, forcément ami des antifascistes et autres idiots utiles, a pu dire sa sympathie pour Jean-Luc Mélenchon, critiqué comme héraut de la Jeune Garde. Les jeunes bourgeois français antifas d’aujourd’hui feront sûrement, comme leurs prédécesseurs de 1968, de beaux parcours si notre société ne s’effondre pas trop vite. Dans vingt ans, peut-être retrouverons-nous un Raphaël Arnault DRH dans une grande entreprise, pourquoi pas dans le Groupe E.Leclerc ? Il pourra y traquer les syndicalistes de la CGT, ce conservatoire de la lutte des classes. Ou peut-être le retrouvera-t-on successeur de Daniel Cohn-Bendit, coqueluche des médias aux mains du grand capital ?

    Tant pis pour les esprits critiques contre le capitalisme cosmopolite, tels les nationalistes : eux se heurteront toujours à l’antifascisme inoxydable, de Soros à Cédric Hérou. Ils sont fascistes alibis selon les nouveaux standards et eux seuls sont détestables en refusant d’être réduits à l’état d’homo œconomicus.

    Eric Delcroix (Polémia, 25 février 2026)

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  • Affaire Maduro : la civilisation s’efface, le temps des pirates est là...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à l'enlèvement par les Américains du président vénézuélien, qui semble signer l'enterrement définitif de l'ordre westphalien...

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020).

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    Affaire Maduro : la civilisation s’efface, le temps des pirates est là

    Ambiguïtés journalistiques

    Le rapt du président en exercice du Venezuela, à Caracas, ainsi dans son propre pays, pour être livré à la justice de droit commun d’un autre pays est un précédent très grave. Que ce dictateur ait été une fripouille castriste évidemment peu recommandable est une chose, mais le traitement qui lui a été infligé indépendamment de sa qualité est un précédent qui revêt une importance universelle majeure.
    D’abord, entendons-nous bien et nommons les choses pour sortir de l’ambiguïté et de l’à-peu-près journalistique. Non, Nicolas Maduro n’a pas été capturé, il a été enlevé ; non, il n’a pas été exfiltré du Venezuela, comme on le fait pour sauver son agent, il a été extradé illégalement. Non plus, il n’est pas un président déchu comme le présentent les médias : seul le Venezuela pourrait le déchoir de son titre selon les institutions de ce pays ou par un coup d’État.
    Et son procès, en violation de son immunité de chef d’État, dans un pays tiers et sous la loi de ce pays étranger est le signe de la généralisation du désordre et de la dissolution ultime de la différence que l’on avait coutume de faire entre la raison d’État et la simple piraterie.

    Régime des États et lois de ceux-ci

    Depuis le traité de Westphalie (Münster et Osnabrück, 1648), les États étaient reconnus comme des entités souveraines, ne dépendant que d’elles-mêmes. Les responsables des États ne devant rendre de comptes, en tant que tels, qu’à leur propre ordre intérieur. Il est vrai que ces règles, pour dominantes qu’elles fussent, étaient des règles européennes, devenues universelles de par l’influence européenne sur le monde, influence qui n’est plus…
    Déjà, sous le poids des Américains, lors du grand procès de Nuremberg (1945-1946), ces règles avaient été transgressées et des voix s’étaient élevées, y compris aux États-Unis, telles celles du sénateur Taft ou du juge de la Cour suprême Harlan Fiske Stone.
    À une plus petite échelle, les Américains avaient déjà procédé à l’arrestation de Manuel Noriega après l’invasion du Panama par l’armée américaine (1989), mais le statut effectif de l’« homme fort », qui régnait alors plus ou moins officiellement sur le Panama, en fait un cas probablement marginal.
    Ces dernières décennies ont vu, à l’initiative des Américains mais non sans la complicité de leurs vassaux européens, l’application barbare de la liquidation des chefs vaincus, tels l’Irakien Saddam Hussein, exécuté sous supervision américaine (2006), ou le Libyen Mouammar Kadhafi, odieusement lynché sous supervision franco-américaine (2011).
    Aujourd’hui Napoléon serait pendu par les Anglais et je ne crois pas que cela aurait été souhaitable, ni pour notre histoire ni pour celle de la civilisation.

    Fin des souverainetés et immunités : Vae victis !

    Selon la justice des États-Unis, Nicolas Maduro est accusé de trafic de drogue, mais même en éliminant l’obstacle dirimant de l’immunité précitée, et donc à titre subsidiaire, le point de savoir s’il est illégal de commercialiser telle ou telle drogue relève de la souveraineté des États. Lors de la prohibition de l’alcool aux États-Unis (1920-1933), le président américain n’allait pas envoyer des commandos pour enlever, et juger sous sa loi nationale, le chef de l’État canadien ou le président du Mexique, pays dont les productions d’alcool alimentaient la contrebande des vertueux Américains.
    Et pendant que nous y sommes, pourquoi notre armée n’irait-elle pas maintenant enlever, pour le juger à Paris entre deux malandrins, le chef du gouvernement hollandais dans son pays à partir duquel le cannabis et ses dérivés sont légalement commercialisés, et alimentent pour finir le trafic de drogue en France…
    Ceux qui se réjouissent du sort fait au sinistre Maduro ont tout simplement des têtes de colibri, comme Trump, sauf que ce dernier a pour lui le pouvoir et la puissance qu’il ne conjugue qu’au présent (au futur sera-ce la Chine ?). Le démantèlement de l’ordre mondialiste américano-centré instauré depuis 1945 est une chose positive, en revanche la dissolution des débris de la paix de Westphalie fait disparaître les distinctions entre actes de souveraineté et actes de piraterie et cela est effroyablement dangereux.
    Une parenthèse de civilisation tri-centenaire vient de se refermer. C’était pourtant bien, la civilisation. Mais c’était avant…
    Attention aux lendemains qui déchantent. Vae victis !

    Éric Delcroix (Polémia, 9 janvier 2026)

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  • L'anticommunisme, une histoire qui reste à écrire...

    Les éditions Fol'Fer viennent de publier sous le titre L'anticommunisme, une histoire qui reste à écrire, les actes d'un colloque organisé par l’Institut Emmanuel Ratier sur le thème. On trouvera les communications de Francis Bergeron, Thierry Bouclier, Éric Delcroix, Jean-Claude Rolinat et Pierre Touline.

     

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    " Il convient de se po­ser la question: près de 40 ans après la chu­te du mur de Berlin le 9 no­vem­bre 1989 et de l’URSS en 1991, l’anticommunisme appartient-il au passé ? La réponse est évidemment négative pour deux raisons principales.

    Si le communis­me a disparu de l’Europe, ses dé­fen­seurs, du Par­ti communiste au Parti socialiste, en passant par La France insou­mise, les écologistes ou le Nou­veau Parti anticapitaliste, sont toujours là et n’ont jamais été aussi arrogants.

    Il importe donc de rappeler à cette gauche d’où elle vient, son passé, son bilan, ses crimes et tout le sang que son idéologie mortifère a répandu.

    Par ailleurs, le communisme, comme une métastase cancéreuse, est un phénomène en mutation permanente et toutes les idéologies actuelles, comme le wokisme, le LGBTisme ou le transgenrisme, ne sont que ses succédanés. "

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  • Quand la liberté d'expression ne se partage pas...

    Nous reproduisons ci-dessous un article courageux et décapant d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à la question de la liberté d'expression...

     

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    Pour ou contre l’apologie du terrorisme ?

    LFI et l’abrogation du délit d’apologie du terrorisme

    Il est toujours irritant de devoir donner raison à des gens qui justifient ordinairement notre mépris et notre rejet. Mais la raison est la raison et, surtout sur des sujets graves, il importe de ne pas céder à la passion et donc de dire ce qui est. C’est ainsi que, ici même (voyez « Marine face à la justice, la séparation des pouvoirs » – mis en ligne le 19/11), il m’a fallu convenir que Jean-Luc Mélenchon avait eu raison, quand il était député national en 2018, de s’opposer à une perquisition de ses locaux politiques en criant :

    « Je suis la République ! ».

    Aujourd’hui, tout l’établissement politique, encore pour une mauvaise raison, s’en prend de nouveau à La France insoumise (LFI), parce qu’elle voudrait abroger le délit d’apologie du terrorisme introduit tardivement dans le Code pénal (2014) en un nouvel article 421-2-5. Toutefois LFI, comme Mélenchon qui n’avait pas osé soutenir devant le Tribunal sa proclamation, demande en réalité que ce délit soit retiré du Code pénal pour être tout de même ré-inséré dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse, plus protectrice des intérêts du justiciable. Grandes gueules à 100 %, mais demi mesure de quart de révolutionnaires…

     

    Liberté d’expression et apologie du terrorisme

    De 1881 jusqu’à 1992, l’apologie du terrorisme n’était pas réprimée. Elle a été créée en 1992, insérée dans la loi régissant la presse avant d’être transférée dans le Code pénal en 2014. Et auparavant ? Non, de 1881 à 1992 nous vivions avec un sens de la liberté d’expression qui s’est peu à peu dissoute dans les bons sentiments. Durant la guerre d’Algérie le rebelles du FLN n’étaient pas avares de crimes terroristes et pourtant le législateur français s’était refusé de créer le délit d’apologie du terrorisme.

    Les auteurs du Traité du droit de la presse [i] en 1969, Henri Blin président de chambre à la Cour de cassation, Albert Chavanne et Roland Drago, professeurs aux facultés de droit de Lyon et Paris considéraient qu’il était légitime que la loi ne réprimât que les apologies de crimes et délits de droit commun, aussi regrettaient-ils qu’y ait (déjà) été ajouté l’apologie des crimes de guerre et celle de collaboration avec l’ennemi. Ils écrivaient :

    « Le choix de ces infractions très graves ne soulève aucune difficulté à l’exception des deux dernières dont la poursuite risque de recouvrir en fait des procès politiques. (…) Malgré [l’ordre public] il semble très inopportun d’incriminer pénalement des apologies qui ne seraient pas celles de crimes et délits de droit commun. » Et de mentionner les lois peu exemplaires à cet égard du Brésil, du Nicaragua et de l’URSS [ii].

    Plutôt que de chercher simplement à remettre l’apologie du terrorisme dans la loi de 1881, la proposition de loi de LFI aurait dû avoir pour objet son abrogation pure et simple, pour revenir au statu quo ante d’avant 1992. D’autant que leur but est de pouvoir librement défendre la cause palestinienne, ce pourquoi il est impératif d’abolir une loi qui, par nature et de toute façon, impose au juge une partialité politique systémique.

    N’oublions pas que toutes les résistances en combat asymétriques ont utilisé le terrorisme, mis à part le Mahatma Gandhi.

     

    L’apologie du terrorisme des vainqueurs reste libre : « Vae victis ! »

    Maintenant, en dehors malheureusement des gens de LFI, le reste de notre classe politique soutient bec et ongles le maintien du délit d’apologie du terrorisme tel quel, alors qu’elle la pratique impunément et par système pourvu que les terroristes soient vainqueurs ou consensuellement à la mode.

    Où ces emplumés ont-ils la tête, quand ils célèbrent le 14 juillet, érigé par la République en fête nationale, alors que ce fut en 1789 une journée de lynchages lors de laquelle le vieux marquis de Launey a subi le sort de Samuel Paty (en 2020), comme Jacques de Flesselle, prévôt des marchands de Paris qui voulait empêcher le pillage des commerces, et quelques dizaines d’invalides préposés à la garde de la Bastille ?

    Quel procureur oserait poursuivre, quel juge oserait condamner les élus départementaux ou régionaux qui placent sous les vocables de Danton ou Robespierre des collèges et des lycées. Et Paris n’a-t-il pas, depuis belle lurette, sa rue Danton ?

    Inconséquences, mensonges et hypocrisies, qui permettent de porter au Panthéon un Manouchian, exécuté par les Allemands parce qu’il commettait des attentats meurtriers contre leurs soldats, attentats qui, commis en Algérie entre 1954 et 1962 contre nos propres soldats, étaient condamnés à bon droit par notre justice comme crimes terroristes, avec à la clef également la peine de mort.

    Toujours la vielle antienne des censeurs de partout et toujours, pour le bien combattre le mal : communistes gentils, Soljenitsyne méchant ; gouvernement algérien gentils, Boualem Sensal méchant !

    LFI n’ose pas, le Conseil constitutionnel n’ose pas, la Cour de cassation n’ose pas, le Conseil d’État n’ose pas, la Cour européenne des droits de l’homme n’ose pas…

    Osez sacrebleu : vive la Liberté !

    Éric Delcroix (Polémia, 28 novembre 2024)

     

    Notes :

    [i] Dit Code Barbier, Librairie technique, 1969,
    [ii] Idem, § 308.

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  • La séparation des pouvoirs en question...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à la question de la nécessaire séparation des pouvoirs, que vient mettre en lumière le procès dans l'affaire des assistants parlementaires du RN.

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribéia, 2020).

     

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    Marine Le Pen face à la justice : la séparation des pouvoirs en question

    Les réquisitions du Parquet du 13 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris, au procès dit des assistants parlementaires européens du Rassemblement national (Front national à l’époque), ont éclaté comme un coup de tonnerre.

    Des peines très lourdes demandées

    Il est demandé, pour s’en tenir au cas de Marine Le Pen, contre la cheftaine du RN, cinq ans de prison dont trois fermes, une lourde amende et une peine d’inéligibilité de cinq ans. Et ceci, avec exécution provisoire, comme si la prévenue risquait de réitérer l’infraction présumée, au su et au vu de tous, ou de se teindre en brune pour aller se cacher, sous une fausse identité, au Kamtchatka pour ne pas affronter l’appel qu’elle ne manquerait pas d’interjeter si le Tribunal suivait lesdites réquisitions.

    Coup de tonnerre dans le ciel bas et gris de la politique française, mais surtout le prix d’un État de droit accepté au lieu et place de l’État légal républicain. En effet, pourquoi avoir accepté le procès tel quel, pourquoi cette défense de connivence jusqu’ici, comme un voleur à la tire, alors que le rupture s’imposait dès l’origine ? Avec ou sans succès judiciaire direct, mais avec un retentissement politique autre et pas seulement pour pleurer a posteriori sur le lait répandu.

    « Je suis la République ! »

    Jean-Luc Mélenchon s’était opposé à la perquisition de son bureau de député français au siège de son parti (LFI), criant de façon spectaculaire aux policiers instrumentaires, et sous les caméras, « Je suis la République ! » (2018). Le parquet avait reculé, mais devant le Tribunal M. Mélenchon n’avait malheureusement pas repris cette défense politique et radicale, abandonnant l’État légal républicain à son absorption par l’État de droit (Rechtsstaat made in Germany [1]).

    Dans l’État légal, de la tradition républicaine française historique, la loi est au-dessus du juge et non l’inverse, contrairement à qui prévaut dans cet État de droit, que nous avons connu avant la lettre en France comme vice de l’Ancien régime (hors la trop courte parenthèse Maupeou de 1771-1774). Ou bien on s’y fait et on doit cesser de nous bassiner avec la République, ou bien on regimbe et on revendique la restauration de notre régime dans son essence spécifique.

    L’ordre légal républicain, jamais remis en cause avant l’émergence de l’État de droit dans la Vème république de l’après De Gaulle, supposait une stricte séparation des pouvoirs, l’article 127 de l’ancien Code pénal (1810-1994) édictant que le magistrat qui refusait d’appliquer une loi commettait le crime de forfaiture. Toutefois, avant même l’abrogation de ce code au profit du Code Badinter (1994), l’article 55 de la Constitution, énonçant la supériorité des traités sur la loi nationale, avait déjà servi de palliatif pour contourner l’interdit criminel. Selon l’historien de droit Jacques Krynen [2] cet article ne visait alors qu’à rassurer les Alliés de la France quant à ses engagements vis-à-vis d’eux (Guerre froide).

    Mais la Cour de cassation, en 1975 [3], puis le Conseil d’État, en 1989 [4], ont pris leurs aises jurisprudentielles devant l’indifférence distraite de nos politiciens qui n’aiment pas tant le pouvoir que son apparence (n’ont-ils pas abandonné récemment leur compétence en matière d’avortement au profit du Conseil constitutionnel de composition non démocratique ?).

    La séparation des pouvoirs, un droit et deux ordres

    Dès son origine, la république française, précisément pour en finir avec l’État de droit encore innomé de l’Ancien régime, avait établi, sous l’autorité suprême de la Loi formelle, une stricte séparation des pouvoirs, au point de connaître une postérité originale typiquement française. En effet, l’interdiction faite à l’autorité judiciaire de s’immiscer dans les fonctions des pouvoirs législatifs et exécutifs finira par conduire à la création d’un droit administratif autonome (1873) avec un ordre juridictionnel parallèle, mis sous l’égide du Conseil d’État afin de laisser l’ordre judiciaire, et donc la Cour de cassation, absolument en dehors du jeu.

    Or, si le Front national/Rassemblement national a donné aux fonds parlementaires qui lui étaient dus par le Parlement européen une affectation tout ou partie étrangère à leur objet, est-ce à un juge de l’ordre judiciaire de le sanctionner ? Que dirait-on si, symétriquement, une commission parlementaire perquisitionnait le cabinet d’un juge pour voir s’il fait bien son travail et utilise à bon escient l’argent du contribuable ? Là, on entendrait glapir à la « violation de la séparation des pouvoirs ! ». Et à juste titre ! Certes, mais alors il appartient aux assemblées d’établir leurs systèmes disciplinaires distincts, comme nous sûmes établir historiquement nos juridictions administratives, au nom du respect de la séparation des pouvoirs. Que reste-t-il de cette séparation des pouvoirs si le juge peut dire aux députés ce qui est ou n’est pas un travail parlementaire ?

    Bon. Vous allez m’opposer que ce n’est pas le parlement de la République qui est en cause ici, contrairement au précédent (avorté) Mélenchon. Peut-être. Peut-être, mais nous faut-il céder nos valeurs historiques devant le parlement croupion de Bruxelles et Strasbourg, lieux de jeux de rôles pour entretenir le personnel politique des 26 ou 27 (et plus si affinité) en mal de sièges et de prébendes, et qui n’a guère de pouvoirs d’initiatives démocratiques et pas même l’initiative des lois ?

    Ou alors, soumis et en connivence comme le RN devant le Tribunal, ayons le bon sens d’acter la fin de la République et de reconnaître notre dissolution dans l’Union européenne que l’ancien dissident Vladimir Boukovsky (« … je viens de votre futur ») décrivait comme une nouvelle URSS en devenir.

    Éric Delcroix (Polémia, 19 novembre 2024)

     

    Notes :

    [1] Voyez mon ouvrage Droit conscience et sentiments, Akribeia, 2020.
    [2] Voyez son ouvrage Le Théâtre juridique, une histoire de la construction du droit, Gallimard, 2018.
    [3] Arrêt Société des Cafés Jacques Vabre.
    [4] Arrêt Nicolo.

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  • Une nouvelle loi liberticide contre l’identité française...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Eric Delcroix, cueilli sur Polémia et consacré à un projet de loi liberticide (un de plus) voté subrepticement la semaine dernière à l'Assemblée nationale.

    Juriste et ancien avocat, Eric Delcroix a publié notamment Le Théâtre de Satan- Décadence du droit, partialité des juges (L'Æncre, 2002), Manifeste libertin - Essai révolutionnaire contre l'ordre moral antiraciste (L'Æncre, 2005) et Droit, conscience et sentiments (Akribéia, 2020).

     

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    Une nouvelle loi liberticide contre l’identité française

    Le monde politique français révère De Gaulle au point de se laisser aller à en faire l’icône que l’on sait. Aussi est-il gêné par les propos du Général tenus en 1959, rapportés par Alain Peyrefitte [i] au sujet du peuplement de la France. Rappelons ces mots : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Ne nous y trompons pas : ces mots n’étaient pas spécialement gaulliens, ils ne faisaient que refléter benoîtement des sentiments tout à fait ordinaires pour les gens de sa génération non acquis au marxisme.

    Ordre moral anti-discriminatoire et législation

    De Gaulle étant mort, le législateur français, sous pression internationale (Convention de New-York de 1965 contre les discriminations), vota avec une consternante unanimité la loi Pleven dite abusivement anti-raciste, réintroduisant dans notre droit des délits d’opinion, créant des délits de sentiment (et restaurant l’inquisition des consciences pour certains délits, mais là n’est pas notre propos [ii]).
    Préfiguration du ministère de l’Amour, prophétisé Orwell (1984), la loi précitée introduisait dans notre droit la répression de la « haine », inventée tout récemment aux États-Unis, tout comme la morale anti-discriminatoire pour assurer une parfaite fluidité du Marché, selon la thèse de l’économiste Gary Becker dans un ouvrage publié à Chicago en 1957.

    Convergences progressistes, ces conceptions issues du capitalisme américain étaient conformes à l’anthropologie marxiste qui, après l’échec pitoyable de Lyssenko, s’est ralliée à celle de l’Américain Frantz Boas (1858-1942), inventeur de l’antiracisme (le mot n’est entré dans la langue française qu’en 1958) [iii], dans le cadre de sa lutte contre la théorie de Darwin.
    En soi, il ne devrait pas être interdit de faire des discriminations, distinctions nécessaires de la pensée et des sentiments, les êtres n’étant pas par nature atomisés en individualités, mais ayant leur essence et identité collectives dont on devrait pouvoir discuter à l’infini, comme avant 1972.

    La loi Pleven a été complétée par d’autres lois, généralisant ses principes quasiment à toutes les opinions et sentiments naturels, réservant la licence de l’homme à la libre critique pour ce qui ressort de la fortune (chance ou argent ; la haine du riche ou du patron demeure donc licite). Ces addenda furent les lois Lellouche (2003), Perben II (2004), la lois Fabius-Gayssot (1990) introduisant un dogme historique dans la loi de 1881, tout en aggravant la loi Pleven dans l’espoir mesquin de rendre inéligible Jean-Marie Le Pen.

    Ordre moral anti-discriminatoire et communisme sociétal

    Pour ce qui est de l’expression verbale publique, écrite ou implicite, des pensées et sentiments devenus peccamineux de par ces lois, leur répression a été insérée dans la loi préexistante du 29 juillet 1881, sur la liberté de la presse, loi contenant de nombreuses dispositions protectrices dictées à sa création avec l’élimination du délit d’opinion. Ces dispositions écartaient de nombreuses mesures frappant les délinquants de droit commun : ici, pas d’aggravation en cas de récidive, de mandat de dépôt ou d’arrêt etc. Même si la tendance récente est à l’exclusion de la loi de 1881 de nouvelles infractions d’expression, telle l’apologie du terrorisme (article 421-2-5 du Code pénal).

    Mais c’était encore sans compter avec l’extrémisme d’élus du groupe Renaissance (le parti de d’Emmanuel Macron), décidés à soumettre les libres discriminateurs et dissidents de tout poils aux affres du droits commun pénal (cette « envie de pénal », selon feu Philippe Muray).

    Il s’agit des députés Mathieu Lefèvre, Caroline Yadan et Sylvain Maillard, qui ont déposé à l’Assemblée une proposition de loi « visant à renforcer la réponse pénale contre les infractions à caractère raciste ou antisémite ». Les auteurs voulaient permettre notamment dans ces domaines la possibilité pour le Tribunal « d’émettre un mandat de dépôt ou un mandat d’arrêt pour permettre l’exécution immédiate de la peine … », en modifiant l’article 465 du Code de procédure pénale (exposé des motifs). Initialement cantonnée aux délits de contestation de crime contre l’humanité et d’apologie de crime contre l’humanité et de guerre, la proposition alourdie d’amendements, a été votée en incluant in fine tous les délits d’opinion ou de sentiments instaurés depuis 1972 par les lois liberticides !

    Au surplus la proposition de loi prétend faire des propos discriminatoires non publics (exclus de l’économie de la loi de 1881) des délits, alors qu’ils ne relevaient jusqu’ici que de la simple contravention. La délation en milieu privé a de beaux jours devant elle, d’autant que la Cour de cassation en vient à admettre les moyens de preuve déloyaux (tels les enregistrements clandestins)…

    Un vote sous l’emprise de la peur

    Mis aux votes en première lecture à l’Assemblée, le scrutin n° 3431 a donné ce résultat révélateur sur 148 votants : pour l’adoption :107, abstentions : 41, contre… 0. Vous avez bien lu zéro !

    Monsieur Ciotti et les 26 membres des Républicains, gaullistes de papier mâché, ont voté pour ! Cela veut dire que ces députés, soi-disant gaullistes, si par impossible un clone du Général apparaissait, trouveraient normal de le poursuivre en correctionnelle pour des propos comme ceux tenus en tête-à-tête avec Alain Peyrefitte en 1959 !  Avec mandat de dépôt immédiat, rien moins.

    Dans l’hémicycle, ce 6 mars, personne n’a osé défendre dans son essence native le peuple français historique « européen, de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », De Gaulle qui, rappelons-le, dans l’esprit de son temps, ne voyait pas d’inconvénient à ce qu’il y ait des Français non européens ou non blancs, sauf à rester « une petite minorité ».

    Les 17 députés du groupe Rassemblement National présents se sont abstenus. Incompréhensible ? Si, par la peur ! La vraie peur, celle d’être ostracisé et traité de « racistes », par la nébuleuse efflorescente de l’intersectionnalité (convergence des luttes) marxiste et wokiste. En l’état de la loi, ne l’oublions pas, est « raciste » quiconque manque de respect aux travelos…

    L’Assemblée est ainsi devenue l’un de ces Autels de la peur [iv], comme le disait Anatole France dénonçant la Terreur à travers ses institutions.
    Espérons que, devant le Sénat, cet autre autel de la peur, il y aura au moins une voix contre, celle au moins de Stéphane Ravier, ex-RN.

    Éric Delcroix (Polémia, 12 mars 2024)

     

    Notes :

    [i] C’était De Gaulle, Éditions de Fallois / Fayard, 1994.
    [ii] Voyez mon ouvrage Droit, conscience et sentiments, Éditions Akribeia, 2020.
    [iii] Cf. dictionnaire Petit Robert.
    [iv] Petit ouvrage d’Anatole France, publié en 100 exemplaires par l’auteur hors commerce, en 1885. Préfiguration des Dieux ont soif, dénonçant la Terreur. Ne figure pas dans ses œuvres complètes.

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